A la découverte de la Musicothérapie, avec Bénédicte Bonnefond

Encore méconnue du grand public, la musicothérapie s’est développée sur la base des travaux réalisés en 1954 par Jacques Jost, ingénieur français, relatifs au pouvoir de la musique sur les émotions.

L’utilisation de la musique et du son dans un but thérapeutique peut être bénéfique à de nombreux publics. Bénédicte Bonnefond, musicothérapeute certifiée, nous présente son quotidien auprès d’un public en souffrance émotionnelle ou psychologique.

  Article proposé par l’équipe atouKIDS, avec Bénédicte Bonnefond, musicothérapeute à Saint-Maur-des-Fossés, Val-de-Marne.


Bonjour Bénédicte, avant de parler de musicothérapie, parlez-nous de vous, quel est votre parcours ?

Ma vie s’est toujours organisée autour de deux passions : le soin aux personnes et la musique. Ainsi, pendant plus de 10 ans, j’ai travaillé comme auxiliaire de puériculture et aide-soignante. En parallèle, et depuis mon enfance, je n’ai cessé de suivre des cours au conservatoire et j’ai joué dans différents orchestres.

J’ai un jour décidé de lier ces deux piliers de mon existence et me suis lancée dans une formation en musicothérapie, au Centre International de Musicothérapie, en Ile-de-France. Certification en poche, j’exerce maintenant depuis 5 ans comme musicothérapeute en libéral à Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne, et je suis affiliée à la Fédération Française de Musicothérapie, adhérant donc à leur code de déontologie.


Vous êtes musicothérapeute certifiée, comment s’est déroulée votre formation ?

Ma formation a duré 3 années et contient différents modules complémentaires : une formation de base (385 heures), un module de spécialisation (70 heures), un module de psychologie (105 heures), des stages cliniques, et une soutenance de mémoire devant un jury en fin d’étude.

Pour ma part, j’ai ainsi effectué un stage clinique de 8 mois dans un CAMSP (centre d’action médico-social précoce), où j’ai notamment pu accompagner des bébés et de jeunes enfants en situation de handicap.


Comment définiriez-vous la musicothérapie ?

La musicothérapie est une pratique d’accompagnement ou de rééducation de personnes présentant des difficultés de communication, de relation, comportementales, troubles sensoriels, physiques ou neurologiques

La musicothérapie utilise la médiation sonore et/ou musicale pour créer du lien, provoquer des émotions et ouvrir ou restaurer une communication, qu’elle soit verbale ou non.

On peut utiliser deux types de méthodes :

  • La musicothérapie réceptive, qui passe par l’écoute de programmes musicaux sélectionnés en fonction de l’histoire du patient, pour susciter des émotions, puis une verbalisation. Des mots posés sur des maux peuvent entrainer tous les possibles. 
  • La musicothérapie active, qui passe par l’utilisation d’instruments de musique (percussions, instruments à corde, à vents, répertoire de chansons), à des fins d’expression corporelle et d’expression verbale et/ou non verbale.


A qui s’adresse-t-elle ?

La musicothérapie s’adresse à tout le monde, quel que soit l’âge. Pour ma part, je travaille avec différents publics : les femmes enceintes (pour accompagner la grossesse et favoriser le lien mère-bébé), les bébés, les enfants et adolescents, les enfants porteurs de trouble du spectre autistique (TSA), les adultes et les seniors.

Les enfants que j’accompagne ont des difficultés relationnelles, physiques, psychiques et/ou comportementales : enfants inhibés ou hyperactifs avec apprentissages perturbés liés à des troubles de l’attention, de la concentration, du langage, enfants avec troubles du spectre autistique, et/ou traumatismes au cours de l’existence, adolescents en dépression …


Comment se passe la prise en charge d’un enfant dans votre cabinet ?

Le début de prise en charge est identique pour tous : une première séance avec les parents pour comprendre l’histoire de mon petit patient (origines, histoire de la grossesse, développement de l’enfant, pathologie .. mais aussi son rapport à la musique, aux sons, les bruits de l’environnement…) puis deux séances de tests psychomusicaux avec l’enfant pour effectuer un bilan psychosensoriel, psychoaffectif, et psychomoteur.

Ainsi, des objectifs peuvent être fixés et la prise en charge commence, lors de séance où je suis seule avec l’enfant. 

Des dessins, des danses, des sons, des mots seront déposés au cours de la séance transformant au fil du temps le regard de l’enfant sur lui-même et son environnement, entrainant un changement de comportement et adoucissant des symptômes.

Les séances sont hebdomadaires et durent 30/40mn. La régularité est un atout majeur pour qu’une évolution soit possible.


Souhaiteriez-vous partager un exemple de prise en charge avec nous ?

Avec plaisir. Je pourrais vous parler de l’histoire de Bruno (dont le prénom a été modifié), petit garçon de 4 ans, souffrant de troubles autistiques.

La prise en charge en musicothérapie de Bruno a commencé à la demande de son papa : Bruno montrait des troubles du développement, il ne répondait pas à son prénom, ne communiquait pas avec son entourage et ne savait pas comment jouer, appréciant tout mouvement répétitif, ayant beaucoup de difficultés à supporter des bruits quotidiens et effectuant des colères à chaque changements d’activités. 

Des attitudes que je ne peux que constater au cabinet : Bruno est en retrait, il va régulièrement dans un coin de la pièce ou sous le bureau. Son regard se fixe régulièrement dans le vide et la lumière exerce un intérêt particulier. Il fait des petits bruits avec sa gorge, tape des pieds, tape sur le sol, les murs… Il tient un stylet dans une main tout au long de la séance comme s’il tenait un doudou. Il est très méticuleux et ne supporte pas que des objets dépassent de leur emplacement. Ses gestes sont brusques. A plusieurs reprises, son corps le met dans une extrême tension. Bruno manifeste des angoisses et exprime ses trop-pleins d’émotions en lançant les instruments ou en crachant. Enfin, les bruits extérieurs le mettent régulièrement dans l’inquiétude. Pour se rassurer, il cherche sans cesse l’identique : instrument de même formes, de même couleurs, de même sonorité. 

Très rapidement lors de nos séances, la musique semble apporter un réconfort à Bruno. Il accepte de se laisser aller à cette enveloppe sonore. Il me regarde de plus en plus, il aime secouer les maracas. Petit à petit il me les lance. La relation à l’Autre progresse. Il vient vers moi grâce à l’intérêt qu’il porte à la sonorité des instruments. Les manipulations de tubes sonores permettent d’avantage le contact. Son intérêt vers ces derniers prend le pas sur le stylet qu’il a tenu comme doudou pendant quelques mois. Il devient attentif aux rythmes, aux vibrations, à des mélodies. Au fil du temps, les frustrations passent par des états de contenance. Ses colères du début de prise en charge se transforment en échanges. Les interactions deviennent spontanées, agréables et de plus en plus longues. Il accepte la proximité. A plusieurs reprises, il semble oublier ma présence, il s’installe sur moi afin de continuer à expérimenter les instruments. Il me regarde et vient me caresser la joue et le cou, me montrant son affection. Il investit l’environnement avec beaucoup moins d’angoisse. Dès lors, il demande de l’aide et ne s’énerve plus. Il commence à répéter des séquences musicales à l’aide d’instruments différents (Boomwackers, cithare, guitares, xylophones….) A l’écoute de musiques, Bruno va avoir une période d’écriture intense. Les formes, les chiffres, les lettres envahissent les feuilles que je laisse à sa disposition. Je remarque qu’il est très méticuleux, il manipule aisément les crayons, les petits instruments. La musique semble guider son écriture. Il trace un trait qui monte lorsque le son est aigu et par un trait qui descend lorsque le son devient grave. Son corps devient plus souple, il passe d’un mouvement de bras brusque et fort à un mouvement lent et doux. 

Parallèlement, il manifeste sa joie et rit de bon cœur. A plusieurs reprises Bruno m’étonne quant à la justesse de son oreille, tout ce qu’il vit semble passer essentiellement par celle-ci. Il est très sensible à la justesse des notes. 

Le langage verbal a commencé à naître à partir des sons et rythmes des tubes sonores. Puis petit à petit Bruno a montré de l’intérêt pour les comptines enfantines, il enregistre des mots qu’il retransmet à bon escient. Ses désirs passent de plus en plus par l’acquisition de vocabulaire. Il répond aux questions par la forme affirmative ou négative puis par de petites phrases. 

Aujourd’hui, Bruno est âgé de 7 ans, son vocabulaire s’enrichit, il exprime ce qu’il va effectuer avant même l’action. Il commence à exprimer verbalement ses ressentis. Il prononce le pronom « je » et ses désirs par « je veux ». Alors que nous allons nous quitter en fin de séance, Bruno exprime son départ par « y’en a plus ». Il fait de plus en plus d’associations. Effectivement, dernièrement, il fait des liens entre ce qu’il vit au sein du cabinet et à l’extérieur en se servant de la conjonction « comme ». A chaque séance, Bruno me montre qu’il évolue. Par son visage et son attitude, Bruno montre de la fierté, lors de restitutions auprès de son papa. 

Par son amour pour les sons et la musique, Bruno a compris qu’il est un être de communication.


Pour conclure, qu’aimez-vous le plus dans votre métier ?

C’est très simple, il s’agit des instants magiques que je vis avec mes patients, notamment ces petits instants où une émotion, un mot, jaillit à l’extérieur. Ces instants sont très fugaces ou plus durables, et me procurent toujours autant de bonheur.

L’équipe atouKIDS, avec Bénédicte Bonnefond, musicothérapeute à Saint-Maur-des-Fossés, Val-de-Marne.


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